Samedi 1 octobre 2011 6 01 /10 /Oct /2011 16:54
Marie-Pierre Duhamel Muller, auteur, réalisatrice, a été directrice du Cinéma du réel avant de prendre en charge la programmation "horizzonti" du festival de Venise. Elle assurera devant les étudiants du master 2 Documentaire de création le cours Cinéma et histoire à l'université de Grenoble les 5, 6, 7 octobre 2011.

Bonjour Vincent,

Je te confirme donc que j'arriverai à Grenoble mardi soir et que j'irai direct à l'hôtel, et le lendemain matin à l'ICM. Comme l'an passé, j'utiliserai beaucoup mon disque dur avec films ou extraits, et je prendrai mon ordi par sécurité (PC). Câblage à prévoir et aussi projection de Dvd "normale".

J'ai prévu de travailler sur les films suivants :

- Redacted (comme l'an passé, mais cette fois en ouverture) : malgré le foisonnement des régimes d'images et les flux qui les transportent à tous (ou presque), le fait (donc la matière première de l'histoire) semble s'échapper et ne jamais pouvoir être formulé.
- Kashima Paradise (Yann Le Masson) : histoire immédiate et travail de connaissance - nous le regarderons avec le texte de Marker qui figure dans le dossier de l'édition Dvd, et que les étudiants devraient lire avant. Je te l'envoie séparément.
- "La guerre de pacification en Amazonie" de Yves Billon : un cinéaste débutant saisi par l'histoire en train d'advenir. Trente ans plus tard, Marine Hugonnier revient sur l'histoire de la transamazonienne ("Travelling Amazonia") - du "cinéma direct" inspiré par Rouch au film-concept.
- On retournera ensuite à Marker avec "Loin du Vietnam" - en parallèle avec "Redacted" pour une petite histoire de la manière dont, à différentes époques, les cinéastes se confrontent à la multiplicité des images et des formes de mise en scène, quand ils doivent (veulent) représenter l'histoire en train de se faire (histoire immédiate des conflits en cours).
- Films de Harun Farocki : comment le montage (que les éléments soient nombreux ou pas) peut être autre chose que le contestable "effet de preuve" des documentaires de télé ou des films "à témoins", soit un cheminement de la raison dans le fatras des traces, des documents et des images. Ce fatras a les apparences de l'ordre. Le cinéma travaille à des mises en ordre.
- Film de Philipp Schäffner "Jour du moineau" : attention, ce sera en vo allemande sous-titrée français, prévenir les étudiants. Principes "farockiens" du traitement d'un domaine historique, mais s'y ajoute une dimension personnelle, autobiographique, qui lie le "cas d'étude" et la personne-cinéaste.
- On reverra enfin "Nine turns" d'Olivier Zabat (re-montage de "Miguel et les mines" + "Un tiers des yeux") pour examiner comment le montage d'éléments apparemment disparates compose (comme dans une installation) un portrait (toujours "in progress") de la mémoire individuelle et de la conscience historique des personnes.

Peut-être des courts métrages en plus, on verra selon les discussions et les interrogations des étudiants.

Comme tu l'auras compris, on essaiera de "traiter le sujet" cinéma-histoire par un modeste point... d'histoire du cinéma : des chroniques fiévreuses des années 70, on arrive aujourd'hui à des films quasiment "théoriques" qui appuient leur réflexion historienne sur la critique des images et des flux du "visuel".

Bon, rien de tout ça sans Godard, mais j'imagine que les étudiants le sauront tout seuls.
Dis-moi si tu vois là des redondances ou de possibles déceptions.

Amitiés
mp

Samedi 17 septembre 2011 6 17 /09 /Sep /2011 16:59

Cinq questions concrètes concernant le cinéma documentaire

 

Intervention de Frédéric Sabouraud  avec les étudiants de Master 2 Documentaire de création, les 7, 8 & 9 Septembre 2011

 

L’intervention, qui se veut à la fois une réflexion théorique et un questionnement en rapport avec la pratique des étudiants autour de leurs projets filmiques, tournera autour des quatre questions suivantes :

 

1)    Questions autour du choix du sujet

2)    Questions autour du choix du dispositif

3)    Questions autour de la relation filmeur/filmé

4)    Questions autour du choix Filmer la parole/ Filmer l’action

5)    En conclusion, reprise de quelques grands partis pris esthétiques étudiés

 

Le principe pédagogique consiste à articuler un travail réflexif transversal avec l’étude de films dans la singularité de leur approche, en prenant garde que l’un ne prenne pas le dessus sur l’autre (et réciproquement). Entendons par là que la question théorique abordée ne devra jamais réduire le matériau filmé soumis à étude à une simple illustration ou une représentation d’une supposée catégorie à laquelle le rattacher. Mais, dans le même temps, il s’agira bien d’aborder la question envisagée et non pas de s’en tenir à une approche strictement critique du film envisagé. C’est la raison pour laquelle les films étudiés seront montrés en entier, ce qui n’empêchera pas pour autant d’y faire retour par la suite lorsqu’on abordera une autre question que celle à laquelle ils avaient été reliés. Ainsi, pour donner un exemple concret, on peut tout aussi bien aborder un film de Flaherty, van der Keuken ou Depardon autour de la question du choix du sujet que de celle des autres questions proposées à l’étude. Néanmoins, les films choisis seront prioritairement, mais pas exclusivement, rattachés à une question spécifique pour laquelle ils proposent une approche qui semble suffisamment singulière et riche en enseignements pour qu’on puisse aborder l’œuvre à l’aune de cette question particulière. Cette manière de rattacher tel film à telle question est évidemment fondée sur un choix subjectif, et discutable en tant que tel. Mais il permettra, je l’espère, de la rendre plus concrète et d’éclairer le film sous un jour particulier.

Par ailleurs, le choix de films a été envisagé de telle façon qu’il permette de couvrir un champ esthétique et historique aussi vaste que possible, allant du cinéma documentaire des années 1930 à des films très récents, mêlant des films plus proches de ce qu’on a coutume d’appeler « le cinéma direct » avec des réalisations plus proches de « l’essai filmique » et de « l’entre-deux documentaire/fiction ».

Ces différentes questions ne seront pas abordées sous la forme d’un cours magistral mais plutôt à travers des échanges articulant les remarques, questions, suggestions, impressions des uns et des autres avec le travail que j’aurai préparé.

 

Préprogramme détaillé

articulant les œuvres et les questions abordées

 

1)    Choix du sujet : s’intéresser à cette question, c’est d’une certaine manière se demander « de quoi parle le film ». Dés lors, on entre dans une logique que j’appellerai logique des strates, nourrie de dimensions conscientes et inconscientes qui s’enchevêtrent et se superposent. La question du sujet dépasse celle du thème, au sens où on l’entend souvent dans le discours et la logique de production audiovisuelle dominants. Il s’agit de capter la subjectivité, la singularité de l’approche, et tenter de cerner, sans prétendre émettre un avis exhaustif et définitif, les enjeux qui s’y déploient. Cette étude s’appuiera sur l’analyse de Don’t look back de Don Alan Pennebaker (96’) et de l’Homme d’Aran de Robert Flaherty (80’).

 

2)    Choix du dispositif : qu’entend-on par ce terme ? La manière dont un certain nombre de paramètres vont être déterminés, choisis, ou subis vont avoir une influence déterminante sur l’esthétique du film, son contenu, son récit. Choix de l’équipe, du matériel, du support, durée de tournage, de montage, manière de procéder dans le geste de captation sont autant de paramètres qui vont avoir une incidence décisive. Ils sont à la fois le fait de choix et de contraintes, et relèvent de partis pris à la fois techniques et esthétiques, souvent contradictoires d’une œuvre à une autre, incluant une part de fabrication, de mise en scène, voire de reconstitution.  Pour étudier cette question, seront pris en compte notamment des exemples de dispositifs évolutifs en cours de tournage. Cette étude s’appuiera sur ll’analyse de Herman Slobbe de Johan van der Keuken et de Z32 d’Avi Mograbi, ainsi que les films de Flaherty et Pennebaker vus précédemment.

 

3)    Relation filmeur/filmé : il s’agit d’étudier comment, dans le cinéma documentaire, cette relation se joue de manière spécifique et diverse, offrant une multiplicité de choix qui détermineront, là encore, le résultat du film terminé. Quelle part laissée à l’autre ? Quelle place joue la caméra ? Comment se définit la relation entre le réalisateur, l’ingénieur du son, d’autres personnes intervenant dans la production, et ceux qui se trouvent devant la caméra ?  Cette étude s’appuiera sur l’étude de Dix-sept ans de Didier Nion (83’) et des films vus précédemment, notamment Z32 (81’) et Herman Slobbe (29’).

 

4)    Filmer la parole/ Filmer l’action : Cette question se pose constamment dans le geste documentaire, y compris dans l’éventuelle articulation entre l’un et l’autre. Les questions du dispositif et de la relation filmeur/filmé seront reposées au sein de ces approches spécifiques, ainsi que la notion de geste filmé et de son pouvoir de signification (évocation, allégorie, information, expression etc.). Nous appuierons notre réflexion sur l’exemple de l’Homme sans nom de Wang Bing (92’) et de Z32, vu précédemment, ainsi que Le Vie moderne de Raymond Depardon (88’).

 

5)    Partis pris esthétiques : choix de focale, usage du zoom ou du flou, mouvements de caméra, cadre, travail sur le son, travail de montage sont autant d’éléments qui constituent l’écriture d’un film. Nous reviendrons sur les plus marquants d’entre eux dans les films étudiés, en essayant de repérer la forme stylistique inhérente à chacune de ces différentes approches.

 


Samedi 17 septembre 2011 6 17 /09 /Sep /2011 16:55

Du travail de description aux films partagés, de l’Afrique au monde.

 Au pays des Dogons (1931) et Sous les masques noirs (1939) de Marcel Griaule, Sur les Traces du renard pâle (recherches en pays Dogon 1931-1983) (1984) de Luc de Heusch, Au pays des mages noirs (1947), Initiation à la danse des possédés (1949), Cimetières dans la falaise (1951), Les Maîtres fous (1955), Sigui synthèse (1967-1973), Moi, un noir (1958) ; La Pyramide humaine (1960) ; Jaguar (1967), Petit à Petit (1971), Cocorico Mr Poulet (1974) de Jean Rouch. Nanouk l’esquimau de Robert Flaherty (1922). Un po’di Febbre (1991), Sottovoce (1993), Tableau avec chutes (1997),Scènes de chasse aux sangliers (2007) de Claudio Pazienza, Les Chevaux de feu (1964), Sayat Nova (1968), de Sergueï Paradjanov et Lettre d’un cinéaste à sa fille (2000), Le Martyr Saint Sébastien (1989), Les Films rêvés (2009) d’Eric Pauwels.


 L’objectif de ce cours est de vous montrer comment s’est fondée l’anthropologie visuelle à ses débuts (très marqués par le colonialisme) et comment elle est désormais présente dans des films documentaires contemporains sous une forme beaucoup plus libre. Le travail de description des premiers films qui sont un peu l’équivalent du carnet de notes de l’anthropologue a fait place à des films partagés, films de rencontre, films extrêmement liés à la compréhension de l’autre.


Nous débuterons ce cours en Afrique car il semble pertinent d’étudier la transmission qui a eu lieu de Marcel Griaule à Jean Rouch, Germaine Dieterlen et Luc de Heusch.


Nous verrons dans le second cours toute la richesse d’approche cinématographique de ce geste partagé que devient le cinéma de Jean Rouch. Son lien avec la fiction, la manière dont il parvient pourtant encore si bien à rendre compte de l’Afrique à travers les amitiés, les confidences, les fictions extravagantes écrites par Dalarota.


Cette imbrication subtile de la fiction et du documentaire, du réel et de l’imaginaire, la précision des gestes alliée à la fantaisie d’histoires inventées est ce qui lie les films partagés que nous évoquerons dans le troisième moment avec Sottovoce de Claudio Pazienza, Sayat Nova de Sergueï Paradjanov et Lettre d’un cinéaste à sa fille, Les Films rêvés d’Eric Pauwels. Qu’est-ce qui se joue ici ? En quoi ces films font-ils aussi place à l’anthropologie ? Comment, passant par une mise en scène du réel les réalisateurs parviennent-ils encore bien plus précisément à dire ce réel ? Eric Pauwels est l’élève de Jean Rouch, lui-même élève de Marcel Griaule. La leçon du maître à son élève qui devenu maître et l’a transmise à son tour a parcouru un long chemin. Des premiers pas de l’anthropologie visuelle à des films partagés, de l’Afrique au monde.


Fabienne Bobino

 

 


Mardi 15 mars 2011 2 15 /03 /Mars /2011 08:43

Pour élaborer ensemble un film collectif, les étudiants actuellement en cours de montage, accompagnés par Emmanuel Parraud pour l'écriture et la réalisation et Charlotte Tourres au montage, se retrouvent régulièrement autour de la table pour échanger sur le récit en train de se construire :

 

 

film-collectif-1981.JPG

 

 

Pris dans le processus de création du film collectif, les étudiants du master se sont penché sur la lutte contre les projets de forage qui bouleversent en ce moment l'Ardèche. "Nos personnages n'ont de cesse de nous emmener au-delà de la question du gaz de schiste". Au-delà du film militant, ils s'intéressent "un sentiment de liberté dans la soudaine prise de position, de parole" des personnes qu'ils rencontrent autour de cette lutte. Dans l'idée de réaliser un film à 12, ce qu'ils observent dans ces rencontres, c'est, "dans une rupture du quotidien, la question de la relation à la terre que soulève le projet de forage, rassemblent les écologistes, les chasseurs, les paysans..." Encore une fois dans l'histoire des films collectifs du master, c'est un collectif qui regarde un groupe de personnes autour de quelque chose qui les occupent ou les préoccupent ensemble, et les rassemblent (voir l'article sur le montage du film collectif 2010).

Autour de la compréhension des enjeux liés à cette exploitation du sol et à ses conséquences, comment passer d'un personnage à l'autre ? Comment tenter de décrire le sentiment (invisible  de liberté qui est lié à leur engagement des personnes filmées ? Le film collectif au montage, c'est comment construire un propos à partir d'une matière hétérogène par définition ?  Comment construire tel personnage par rapport à tel autre ? Telle parole en réponse à une autre ? Quels équilibres ?

Avec le film collectif et avant la réalisation de leur film individuel, les étudiants sont à l'épreuve de la construction d'un récit long (environ une heure) pour lequel ils travaillent aussi avec les séquences tournées par les autres et partagent à la fois les intentions, et la réception des rushes, des bout à bout. Partager un film, qui sera projeté au cinéma de Lussas le samedi 26 mars à 20 h 30.

 

 

 


Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 22:31

 

Vous pouvez découvrir des films d'études d'étudiants du Master 2 sur la page Dailymotion de l'école documentaire de Lussas


http://www.dailymotion.com/ecole-documentaire


mais aussi sur

www.film-documentaire.fr


Ces films de fins d'études sont des essais écrits et tournés pendant un mois (le mois d'avril) dans les environs de Lussas et montés pendant trois semaines en mai ou en juin de chaque année.

Voir l'article du blog sur :

Ecriture et tournage des films de fin d'études

 

Voir la  présentation des 118 films de fin d'études

et Les films de fin d'études de la 9° promotion



Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 16:15

 

La formation s'adresse à tout auteur-réalisateur, y compris débutants. Les projets pouvant être retenus sont les documentaires de création. Ils devront donc refléter le point de vue de leur auteur. Le projet peut être présenté par un auteur-réalisateur qu’il bénéficie déjà ou non, de l'appui d'un producteur.

 

Voir "inscription en cours" à droite de l'écran.

 

 

L'individualité et le groupe

Des exercices quotidiens d’écriture et dans le même temps une expérience collective ou bien individuelle de projections puis de description de séquences ou de films documentaires (ce que je vois, ce que j’entends, ce que j’interprète), l’analyse de la matière du récit filmique et de son économie, l’appréhension de sa documentation, enfin l’apprentissage en commun de la prise en main des outils de l’image, du son, du montage, la pratique du matériel technique, ont amené les apprentis-chercheurs, dans la voie et dans le style qui leur sont absolument propre, à trouver réponse à cette question : 

-  à quoi peut-on croire, qu’est-ce qui est vrai ? 

Autrement dit : comment faire que par  la mise en scène de la réalité que j’ai à filmer au moment où je la filme, tout semble se dérouler de la manière la plus plausible du monde en même temps que cette vie filmée de tous les jours sache composer, afin que tout se réponde et prenne valeur de signes  ?   Ou encore : ne plus discerner l’imaginaire discret du vécu.

C’est évidemment sinon le problème du moins la question du documentaire.


Le croquis filmé 


En conséquence, la proposition de la réalisation d’un croquis filmé en relation avec le projet initial (petit film tourné, monté) est cette étape où chacun prend conscience de cette question : A quoi peut-on croire, qu’est-ce qui est vrai ?  Où chacun peut donc réfléchir purement sa situation, dans le projet qui l’occupe et ainsi en réordonner les données anciennes.

(Une projection en commun de ces petits films personnels, au centre du temps de l’atelier d’écriture permet d’oublier, de recommencer, de penser, de parler ensemble aussi : sans confidence et sans circonspection de se dire et de se redire ce qui ne va pas encore ).

 

 

Comment passer de la permanence illusoire d’un sujet à son abandon provisoire pour écrire ?

 


Lente transmutation du sujet : rejeter, modifier, modeler, revenir … Il y a sûrement un mauvais dieu qui contraint chacun d’entre nous à ne pas oublier ce faux dieu, celui qui nous fait éprouver l’idée d’un sujet initial et préalable à traiter. En même temps « ce besoin » d’une illusion de permanence » crée à son tour un besoin réel de structure et de forme… et dès lors, après l’exercice du croquis filmé, les sujets que nous convoquons ne sont plus des opinions, des sentiments, des prétextes, etc. mais des images promptes à vivre. Et dès lors (à nouveau) elles affluent : pourtant elles ne sont pas encore vraies. Les vraies viennent après : les vraies  ce sont celles qui arrivent au moment où l’on peut se dire à la fois « si peu de choses ont changé que tout redeviendra comme avant »  mais aussi « comme le temps à passé, elles ne redeviendront jamais comme avant, après qu’elles ont changé » . Et ces «  images là » que nous avons cherchées, tout à coup se fondent si intimement dans l’essence du récit à mener, qu’elles nous indiquent : c’est maintenant le moment d’écrire.

 

 

Marianne Frichaux


D'autres articles du blog sur La résidence d'écriture




Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 16:02

 

Dans le cursus du Master, le "film sur la parole" est le premier exercice conçu comme un film à part entière. Il est écrit et tourné par les étudiants pendant 3 semaines du mois de décembre, puis montés pendant 2 semaines en janvier.


Lettre d'intentions aux étudiants :


Face à la caméra, s’adressant à un interlocuteur hors-champ, une personne témoigne, raconte ou se raconte, tandis que les questions demeurent off, peut-être même coupées au montage, donnant l’impression d’une parole autonome, auto-générée et implicitement porteuse de réel.



C’est sans doute là le dispositif le plus immédiat de la parole documentaire filmée, amplifiée par sa systématisation par l’image télévisuelle. Sans vouloir évacuer cette figure devenue stéréotypée – elle n’est en rien a priori illégitime – j’aimerais néanmoins que dans le cadre de notre travail nous en évitions le caractère impensé.


Nous nous poserons donc la question des limites de cette mise en forme de la parole, et des réponses singulières qui peuvent être trouvées pour chaque film, chaque rencontre, chaque interlocuteur particuliers, chaque parole.


La mise en scène de celle-ci est la première chose sur laquelle nous porterons notre attention. Qui parle ? À qui ? De quoi ? Et comment le film se place-t-il pour en rendre au mieux compte ? L’interview, l’entretien, ne sont sûrement pas les seuls motifs qui peuvent nous faire entendre les mots et leur sens. Le dialogue, la discussion, le débat, le manifeste, le monologue intérieur, le récit, les texte lus, la poésie, la chanson... – la parole sait prendre des formes multiples, dont le niveau de langue vient encore amplifier la diversité : parlée ou écrite, naturelle ou plus préparée, accent pointu ou chantant, etc.


A cette extrême richesse de la parole, il ne me semble pas qu’il y ait de place unique ou évidente pour celui qui la capte ou la reçoit. La position de celui qui écoute et filme, sa prise en compte par le dispositif de filmage, me semblent les préalables nécessaires au contrat implicite que pose un film – notamment dans son rapport au réel, voire à la vérité.


Et c’est là un second point qui m’intéresserait. Le cinéma du réel est-il nécessairement un cinéma de vérité ? Quelle place peut y trouver le mensonge, ou l’erreur, ou l’oubli, ou le refus de parler ? Il me semble que si le cinéma a quelque chose à faire avec la parole, c’est aussi dans ses à- côtés : le silence et les silences, les périphrases ou la logorrhée, la confusion, la contradiction..1Là où la parole sait, mieux que tout autre, taire et masquer, le cinéma peut peut-être l’aider à dire.


Durant les deux premières journées de notre atelier (2 et 3 décembre), je vous présenterai la façon dont je me suis heurté à ces questions à travers mes trois films documentaires : Nissim dit Max, où la circulation de la parole suit le cadre familial, puis en déborde ; Le Brahmane du Komintern, film à la voix off omniprésente, où la parole sert le récit historique, en faisant des pas de côté ; Adieu la rue des Radiateurs, où la parole littéraire (de l’écrivain Mathieu Riboulet) se substitue à un dessein plus intime.


J’aimerais que, de votre côté, vous puissiez déjà préparer les grandes lignes de votre projet de film à réaliser pour cet atelier, en nous faisant part, le cas échéant, de vos expériences passées dans le domaine de la captation de parole (film, enregistrement...). Vous pouvez également apporter des extraits de films existant (documentaire ou fiction), où vous trouvez que la parole est filmée d’une façon particulièrement intéressante.


Nous consacrerons les dix jours restants (du 6 au 10 décembre et du 13 au 17), à vos films : préparation, filmage, dérushage, en faisant de chacune des étapes une occasion de réfléchir à ces questions de mise en scène et de « vérité » que j’aimerais plus particulièrement explorer.

 

Vladimir Léon



Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 16:27

 

 

Claudio Pazienza - Lussas novembre 2010

Novembre 2010 / Claudio Pazienza prépare un agneau en croute d'herbes aux étudiants du Master et a concocté des exercices pour les étudiants du Master.

 

« Les haïkus portent souvent sur les saisons et le cycle de la vie. Ils s’intéressent à l’agitation de la nature cosmique et projetaient quelque chose sur la vérité des hommes en faisant surgir une image forte entre le 2° et le 3° ver ». Exercice en 3 plans en tournées montés.

 

« En trois lignes d’observation, ces poètes japonais savaient exprimer leur rapport à la réalité. Ils ne faisaient pas qu’observer, mais en sondaient avec calme, sans vaine agitation, le sens éternel. Plus l’observation est précise, plus elle est unique, et plus elle se rapproche de l’image. Dostoïevski disait avec raison que la vie est bien plus fantastique que la fiction ». Andreï Tarkovski dans Le temps scellé, Cahiers du cinéma, Paris, 1989

 



Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 08:43

 

Eliane Delatour est anthropologue et cinéaste de films documentaires (Comptes et contes de la cour) et de fictions. Bronx-Barbès et Après l'océan ont été écrits à partir d'un long travail d'enquête anthropologique, le scénario de fiction prenant en charge du côté de la mise en scène la somme, complexité et la "vérité" du travail scientifique.

 

 

Pour Abel Gance, “ ce qui compte, ce n'est pas l'image; l'image n'est que l'accessoire du film. Ce qui compte, c'est l'âme de l'image.” L’accent est mis sur la fidélité à ce que l’on ressent plus qu’à la fidélité aux apparences de l’objet qui suscite ces sentiments. C’est de l’intérieur que la réalité se découvre, donnant une impression de connaissance dans le partage. On a souvent opposé l’art et la science qui pourtant participent d’un même mouvement : aller des apparences à l’invisible, du connu à l’inexploré en passant pas l’interprétation. Les sciences sociales s’enrichissent aussi bien de l’expression romancée que d’essais ou de livres théoriques. Zola, Balzac… ont autant contribué à la connaissance sociale de leur siècle que la sociologie ou l’histoire. Ne pourrait-on renverser le problème et dire que le gage d'un bon travail anthropologique serait de pouvoir tirer un scénario de fiction qui fonctionnerait de bout en bout puisqu’il s’appuie sur l’analyse minutieuse des pensées et des comportements humain ?


Eliane Delatour

 

Extrait de l'article "Voir dans l'objet". Documentaire, fiction, anthropologie qu'Eliane Delatour a transmis aux étudiants du Master en préparation du cours "Cinéma et anthropologie" les 21 et 22 octobre, à Grenoble (université Grenoble 3).

 

Bienvenue


Ardèche Images propose des formations à l'écriture, la réalisation, la production et le Master 2 documentaire de création en partenariat avec l'Université Grenoble 3.


A Lussas, le documentaire est revendiqué comme acte  de création cinématographique essentiel à la construction et au renouvellement de notre regard sur le monde.

 


Se poser à plusieurs la question de la réalisation. en faire l'expérience à travers ce qui se fabrique et que l'on interroge : des films, des textes, de la parole. Mettre en commun ce que l'on ne sait pas forcément encore, sa pensée, son regard, sa pratique, qui se forgent d'être ainsi confrontés à ceux des autres.

Chantal Steinberg

logocanard

Inscriptions en cours

 

Les candidatures pour la Formation à l'écriture documentaire (Résidence de Lussas) qui aura lieu du février à avril 2012 sont ouvertes jusqu'en décembre 2011.  Voir le site d'Ardèche Images pour les conditions et le dossier. 

Master 2 Documentaire de création option réalisation et option production

La date limite pour le dépôt des dossiers de candidatures est fixée généralement à la dernière  semaine du mois d'Avril (voir les liens vers les sites de l’université et d’Ardèche Images ci-dessous). Les dossiers, disponibles sur le site à partir du mois de février,  sont constitués d'un formulaire  à télécharger qui permet aux candidats de décrire leurs parcours d'études et d'expériences (nous recrutons des candidats d'horizons très divers), d'une lettre de motivation argumentée et d'un projet de réalisation de film documentaire. Ce dossier artistique doit comprendre un résumé, une note d'intention (2 pages), un synopsis (6 à 10 pages) et une note de producteur pour l'option production. Le résumé (10 lignes à une demie page maximum) annonce le film en nous faisant rentrer dans l'histoire, du point de vue de l'auteur. Le synopsis donne à voir le film dans une continuité, avec ses lieux, ses personnages, sa temporalité. La note d'intention décrit à la fois le désir de film et ce qui va le rendre possible, elle développe le point de vue du réalisateur en donnant des éléments sur la démarche et la forme cinématographique envisagée : ces précisions peuvent porter sur le type de narration et les moyens techniques (son, montage, utilisation d'archives, entretiens, fil conducteur, structure narrative…).


L'équipe de l'école documentaire de Lussas peut être contactée pour répondre aux questions relatives à ce dossier artistique (04 75 94 05 31).


La formation est ouverte aux étudiants et aux adultes en formation continue, français ou étrangers possédant une bonne maîtrise de la langue française. Les candidats qui ont interrompu leurs études depuis plus de 3 ans sont accompagnés dans leur démarche par le bureau REVA du service de la formation continue de l’Université Grenoble 3 (Tél. : +33 (0)4 76 82 43 18 ou fc-reva@u-grenoble3.fr) ainsi que les salariés en Congé Individuel de Formation qui peuvent aussi obtenir le financement de leur formation.

Pour être candidat au Master 2 il faut être  titulaire d'un diplôme équivalent Bac+ 4. Les candidats non titulaires d'un Master 1 ou d'un diplôme de niveau équivalent mais qui peuvent  justifier d'expériences professionnelles ou artistiques peuvent obtenir une validation des acquis (VAPP) pour être candidat. Ces dossiers spécifiques doivent être retirés et déposés auprès du bureau de la formation continue (généralement début avril) en parallèle du dossier de candidature commun à tous les canddiats.

Une première sélection des candidatures est faite sur dossier, puis une vingtaine de candidats sont autorisés à se présenter aux entretiens qui ont lieu début juin (les dates et les résultats seront affichés sur la page de la formation du site de l'université Grenoble 3).

La formation commence pendant les Etats Généraux du Film Documentaire la 3° semaine du mois d'août, puis de début septembre à Grenoble jusqu'à fin octobre, de novembre à juillet à Lussas pour l'option réalisation, de novembre à mars à Lussas pour l'option porduction puis les étudiants suivent un stage de production exécutive.

Pour information, les droits universitaires d'inscription à l'université Stendhal s'élevaient en 2010 à 194 euros 50 pour les étudiants non boursiers.

Pour tous renseignements relatifs aux candidatures ou à l'inscription à l'université, vous pouvez contacter Vincent Sorrel



Images Aléatoires

  • projection des films de fin d'études 2009
  • Atelier de réalisation
  • projection des films de fin d'études 2009
  • histoire du documentaire 2007
  • 7° promo du Master 2

Contacts

école documentaire
Ardèche Images 07170 Lussas

04 75 94 05 31

 

Contact : Armelle Sèvre
Direction : Chantal Steinberg


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