Mardi 28 avril 2009
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On peut conjecturer que le documentaire banal serait plus fidèle, dans son indifférence au réel, que le
documentaire de création qui, dans son parti pris d’un regard subjectif, voire d’une thèse, n’est souvent qu’une œuvre idéologique parfaitement traîtresse du réel, réel qui dans son intimité reste
furieusement de marbre face à nos désirs. Bien sûr, le paradoxe n’est qu’apparent : il n’est pas difficile au documentaire banal d’être objectif s’il ne dit pas grand chose. Le documentaire de
création, au moins, à une louable ambition : faire accéder le spectateur à la complexité. Distinguons deux sortes de documentaristes de création : le militant qui saisira et éventuellement tordra
délibérément (ou inconsciemment, ce qui est pire) le réel pour servir sa thèse ; l’idéaliste, dont le but n’est que de servir la vérité (mot redoutable, mais qui a ici le sens positif d’une
aspiration, d’une tension).
Alain Flageul
Le point de vue documenté parvient à révéler la raison cachée d’un geste, à extraire d’une personne banale et de hasard, sa beauté intérieure ou sa caricature. Il parvient à révéler l’esprit d’une
communauté d’après une de ses manifestations purement physiques. Et cela avec une force telle que, désormais, le monde qu’autrefois nous côtoyions avec indifférence, s’offre à nous malgré lui,
au-delà des apparences.Révéler la raison cachée et prolonger le regard au-delà des apparences, telle est encore aujourd’hui l’ambition du cinéma du réel.
Alain-Paul Fitoussi
Le documentaire de création est un document où le cinéaste se pose des problèmes de forme et pas seulement de contenu.
Nicolas Philibert